Dans ce portrait, nous vous présentons Giovanna Togo, ingénieure de recherche au profil transverse, à la croisée de l’architecture, de l’urbanisme et de l’ingénierie environnementale. Elle travaille à l’échelle du quartier pour analyser et réduire l’impact environnemental des projets urbains, notamment via l’outil UrbanPrint. Forte d’un parcours international et d’une expérience en maîtrise d’œuvre, elle apporte un regard global sur les enjeux énergie-carbone. Animée par une sensibilité environnementale forte, Giovanna contribue, chez Efficacity, à une transition énergétique plus éclairée
Le métier que je fais aujourd’hui s’éloigne beaucoup de ce que j’ai étudié au départ. Mon travail porte sur l’échelle du quartier, pas du bâtiment comme en architecture classique. Je m’intéresse à la façon dont les quartiers émergents peuvent réduire leur impact environnemental
Je suis ingénieure de recherche, mais mon profil est différent. Je ne suis pas ingénieure en énergie comme la plupart de mes collègues. À la base, je suis architecte urbaniste avec une formation post-master en ingénierie environnementale. J’ai un profil plutôt transverse. Je peux réfléchir aux questions d’énergie sans entrer dans les détails techniques.
J’ai étudié l’architecture et l’urbanisme à Naples puis j’ai fait un postmaster en conception architecturale dans les milieux historiques. J’ai travaillé un peu en Argentine et dans le nord de l’Italie avant d’arriver en France en 2008. J’ai passé six ans dans une agence d’architecture et d’urbanisme, avec beaucoup de maîtrise d’œuvre et de chantier. J’ai fondé une agence que j’ai ensuite vendue, puis j’ai entamé un postmaster combinant école d’architecture et école des ponts. J’ai commencé chez Efficacity en stage en 2014 et j’y suis restée.
Plusieurs facteurs. Ma famille, notamment mon oncle architecte et mon grand-père ingénieur, m’ont influencée. Mes études mêlaient architecture, physique et ingénierie environnementale, ce qui m’a toujours intéressée. J’ai toujours été passionnée par la nature avec la volonté de laisser un monde meilleur aux générations futures. En travaillant comme maîtresse d’œuvre, j’ai pu comprendre concrètement l’impact des matériaux et des choix techniques sur la performance environnementale.
Mon principal outil est UrbanPrint, co-développé par Efficacity et le CSTB. J’utilise également AutoCAD pour des dessins et la suite Adobe pour la partie graphique.
Oui, l’idée que les architectes ne se soucient pas de l’environnement est fausse, même si elle persiste. Une autre idée reçue est que construire bien coûte forcément plus cher. En réalité, il faut adopter une vision globale intégrant le bien-être des habitants sur le long terme. Un bâtiment bien conçu améliore le confort et la santé, ce qui réduit des coûts sociaux indirects. En analyse cycle de vie, il faut dépasser la seule construction pour intégrer ces impacts.
La pédagogie et la vulgarisation sont des grands défis. Il faut que les habitants, politiciens, aménageurs comprennent mieux les enjeux et s’approprient les démarches. Nous, chercheurs et experts, faisons notre travail mais c’est indispensable d’embarquer tout le monde. Ce n’est pas forcément dans le périmètre d’Efficacity, mais c’est un enjeu majeur.
La rigueur et l’écoute sont essentielles. Il faut aussi une certaine flexibilité : être capable d’aller dans le détail technique très pointu tout en gardant une vision globale et d’adapter son approche selon le stade du projet. UrbanPrint exige cette capacité à passer de l’hyper-détail aux grands principes. Il faut aussi accepter que les outils évoluent et ne sont pas parfaits, donc être adaptable.
L’urgence climatique et la gravité réelle de la situation ne sont devenues véritablement comprises que récemment. En 2007, quand j’ai étudié, les enjeux environnementaux existaient mais n’étaient pas perçus comme obligatoires à intégrer. En 2014, il y avait encore peu de formations sur ce sujet. Aujourd’hui, la question environnementale est beaucoup plus démocratisée et diffusée.
Pouvoir convaincre les pays, notamment les plus développés, à consommer moins et plus intelligemment. À réduire le gaspillage, recycler, consommer moins, mais mieux. Travailler avec le grand public, avec les gens de la rue, pour leur faire comprendre qu’on peut vivre bien avec moins, sans privations extrêmes. Que ce soit à l’échelle d’un objet, d’une voiture, ou de notre alimentation. Ce serait vraiment un levier puissant.