Le projet d’aménagement (qu’il soit neuf, existant ou mixte) ou du quartier, constitue une échelle d’analyse intermédiaire permettant d’étudier le lien entre les enjeux de la ville et du bâti. C’est en effet à l’échelle du quartier que se croisent les enjeux liés aux bâtiments, aux espaces publics, aux infrastructures de mobilité et à leur insertion dans le tissu urbain. Elle est donc tout à fait essentielle pour bien appréhender les enjeux climatiques des espaces aménagés.
Historiquement, les projets d’aménagement ont longtemps été conçus sans mesure précise de leur impact carbone y compris parmi ceux soumis à étude d’impact, le Code de l’environnement impose principalement d’expliquer la prise en compte des effets sur le réchauffement climatique, sans exiger de quantification. Pourtant, cette évaluation constitue une étape essentielle de l’atténuation du changement climatique à l’échelle territoriale. Les projets d’aménagement mobilisent en effet des leviers multiples, relevant de différents acteurs de la ville : prescriptions sur les bâtiments par l’aménageur (choix des matériaux, performances énergétiques, systèmes décarbonés), organisation des mobilités, conception des espaces publics, végétalisation ou encore infrastructures portées par la collectivité. Il devient donc indispensable de disposer d’un cadre de mesure partagé permettant d’objectiver les ordres de grandeur, de hiérarchiser les priorités et d’orienter les décisions vers les actions les plus efficaces.
L’évaluation carbone à l’échelle quartier nous permet d’étudier notamment les consommations énergétiques et matérielles des bâtiments, mais aussi des espaces extérieurs, qu’ils soient publics ou privés, ainsi que la mobilité quotidienne et locale induite par les usagers du quartier. Cependant à chaque quartier ses enjeux, selon sa localisation dans un contexte urbain et climatique, mais aussi selon sa programmation et donc son usage. Les leviers de décarbonation n’ont donc pas tous le même potentiel de réduction des Gaz à Effet de Serre, ni la même pertinence. Certains peuvent même s’avérer contre-productifs selon les contextes. C’est pourquoi il est important de réaliser une évaluation de son projet afin d’avoir une mesure correcte et adaptée aux enjeux du site et pouvoir identifier les leviers réellement efficaces dans ce contexte.
Face à ce constat, la méthode « Quartier Energie Carbone » a été développée depuis 2018 à la demande de l’ADEME et diffusée à partir de 2023 afin de donner un cadre à l’évaluation à l’échelle du projet d’aménagement. Désormais, la plupart des grands aménageurs publics et privés ont adopté cette méthode de mesure et ont même systématisé son usage sur tous leurs projets ainsi que leur intégration dans leur étude d’impact. Les retours d’expériences depuis 2022 montrent l’intérêt opérationnel de cette démarche, notamment pour comparer des variantes de projet ou cibler les actions les plus performantes. A titre d’exemple, l’évaluation carbone du projet de la ZAC Moulin du Pé a tiré plusieurs enseignements intéressants pouvant témoigner de l’apport opérationnel de l’étude :
Désormais largement diffusée, la méthode est néanmoins en amélioration continue : grâce à différents Appels à Manifestation d’Intérêt (avec la Fédération des EPL ou l’Union des Aménageurs) qui permettent notamment d’enrichir les futurs développements par les retours terrains mais aussi diffuser la pratique auprès des aménageur publics ou privés dans des accompagnements sur mesure.
Le fait de disposer en France d’une méthode nationale de référence, transparente et publique est un atout majeur. Elle garantit un référentiel commun à l’ensemble du territoire, rendant possible la comparaison entre projets et ainsi la capitalisation pour mener des analyses au niveau national ou régional, via l’Observatoire national Quartier Energie Carbone. En s’appuyant sur la capitalisation de plusieurs études, cette démarche permet d’identifier les principaux enjeux environnementaux ainsi que l’efficacité des leviers mobilisés, communs aux projets d’aménagement d’un même territoire. C’est notamment dans cette optique que la Métropole du Grand Paris et Efficacity ont collaboré pour réaliser une analyse comparative de plusieurs sites de l’appel à projet Inventons la Métropole du Grand Paris (IMGP), cela a notamment permis :
On voit ainsi comment la généralisation et diffusion de l’évaluation des projets d’aménagement marque un changement de paradigme. Elle nourrit non seulement les pratiques des aménageurs dans la conduite de leurs opérations, mais aussi la capacité des collectivités à piloter des stratégies territoriales bas carbone fondées sur des données objectivées, comparables et actionnables.
Mahaut Vauchez
Ingénieure R&D en ACV Quartier