Décarboner la ville : des solutions concrètes et réalistes pour tenir le cap 2030/2050

02.02.2026

Comment décarboner la ville à l’horizon 2030/2050 avec des solutions réalistes et applicables sur le terrain ? C’est à cette question que Michel Salem-Sermanet, Directeur général de l’Institut Efficacity, a répondu lors de son interview sur la chaîne B Smart.

À travers des exemples concrets et des retours d’expérience opérationnels, il rappelle une conviction forte : la décarbonation des villes est difficile, mais elle est possible – et surtout indispensable.

Une urgence climatique qui impose d’accélérer fortement

L’objectif de neutralité carbone à horizon 2050 est désormais bien connu. Mais Michel Salem-Sermanet rappelle qu’un autre jalon est tout aussi critique : 2030.

« Pour atteindre nos objectifs 2030/2050, il faut doubler l’effort. Il faut passer à -5 % par an d’émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, nous sommes en moyenne entre -2 et -3 %. »

Si l’année 2020, marquée par la crise sanitaire, a montré une baisse très importante des émissions, elle ne doit pas être vue comme un cas isolé.

« Une autre année récente, 2023, a également atteint l’objectif de 5% de réduction. Cela montre que c’est possible : ce n’est pas uniquement lié à l’année du Covid. »

Le message est clair : l’accélération de la transition énergétique est difficile, mais possible et surtout nécessaire, car chaque dixième de degré compte face aux impacts du dérèglement climatique.

Le bâtiment, levier majeur de la décarbonation urbaine

Parmi les secteurs clés de la transition énergétique, le bâtiment occupe une place centrale. Avec la mobilité, il constitue le principal poste de consommation d’énergie en milieu urbain, représentant à lui seul plus de 40% des consommations.

Ce parc bâti inclut :

  • environ deux tiers de logements,
  • et un tiers de bâtiments tertiaires (bureaux, commerces, équipements).

C’est sur ce dernier segment que l’interview se concentre, notamment au regard du décret tertiaire, en vigueur depuis 2019.

« Depuis la mise en place du décret tertiaire, on a déjà réduit d’environ 10 à 15 % les consommations sur les bâtiments de plus de 1 000 m². L’objectif 2030 est de -40 %. Il faut donc accélérer. »

Le patrimoine tertiaire public : un enjeu stratégique de par sa taille et son exemplarité

Le tertiaire public constitue une priorité stratégique dans la décarbonation des villes. Il représente environ 40% du parc tertiaire total, soit environ 400 millions de mètres carrés sur un total d’un milliard, ce qui en fait un levier majeur d’action pour atteindre les objectifs climatiques.

À cela s’ajoutent deux enjeux majeurs :

  • l’exemplarité que doivent montrer l’État et les collectivités locales,
  • et leurs contraintes budgétaires fortes, qui rendent indispensable une optimisation fine des investissements.

 

« Pour vraiment accélérer, les pratiques classiques d’audit énergétique ne suffisent plus. Il faut changer de méthode. »

PowerDIS : une nouvelle méthode pour optimiser la rénovation énergétique

C’est dans ce contexte qu’Efficacity, en partenariat avec le CSTB, a développé PowerDIS, un outil de simulation énergétique à l’échelle urbaine.

« Il existe des outils de simulation énergétique dynamique à l’échelle du bâtiment depuis une vingtaine d’années, mais aucun à l’échelle urbaine. PowerDIS est le premier en France, et même en Europe. »

Concrètement, PowerDIS permet de :

  • modéliser 100 % des bâtiments du patrimoine tertiaire d’une collectivité, et créer un jumeau numérique de plusieurs centaines de bâtiments,
  • comparer de façon à la fois précise et rapide des dizaines de scénarios de rénovation énergétique pour chaque bâtiment, selon des critères économiques, énergétiques et carbone.

Noisy-le-Grand : un cas concret et convaincant

La ville de Noisy-le-Grand a servi de terrain d’expérimentation à grande échelle.

« Avec les méthodes des audits énergétiques classiques, la ville était arrivée à 80 millions d’euros de coûts de rénovation, ce qui aurait pris sur 50 ans. C’était impossible. »

Grâce à PowerDIS, les scénarios ont pu être optimisés :

« Cette optimisation a permis de générer des économies très substantielles, permettant à la collectivité d’engager prochainement une première tranche de sno programme de rénovation. »

Un exemple qui illustre parfaitement le potentiel des outils d’aide à la décision pour concilier ambition climatique et réalisme économique.

De l’expérimentation au déploiement

En conclusion, cette interview rappelle une évidence : l’expérimentation de nouvelles pratiques n’a d’intérêt que dès lors que ces pratiques peuvent être rapidement déployées à grande échelle.

« En partenariat avec la Banque des territoire (programme EduRénov) et de la FNCCR (programme ACTEE), nous allons à court terme déployer cette nouvelle méthode sur un millier de bâtiments. Les collectivités pilotes concernées bénéficieront pour cela d’un soutien financier à hauteur de 2/3 des coûts d’étude. »

De nombreuses collectivités, de toutes tailles, peuvent participer à cette première phase de déploiement en contactant Efficacity, la Banque des territoires ou la FNCCR.

Elles contribueront ainsi à une démarche nationale hautement prioritaire.